Christian GAY, vivre avec des hauts et des bas

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psychiatre, Christian Gay organise de nombreuses réunions d’informations hebdomadaires destinées aux personnes maniaco-dépressives, déprimées et à leur entourage. A l’occasion de la sortie en 2002 de son ouvrage « vivre avec des hauts et des bas », il répondait à Psychologie.com:

(interview du journal psychologie.com)


J’avais 46 ans, la vie était belle. Je n’avais jamais rencontré de problèmes psychologiques. J’étais un battant, pugnace, créatif. Jusqu’en 1993, où tout a basculé : crises de panique, sentiment délirant de toute-puissance, disparition des frontières entre le possible et l’impossible, le permis et l’interdit. Un curieux état de folle excitation intellectuelle que les psys nomment « phase maniaque ». Puis, c’est le trou noir de la dépression, dont on sort pour retomber, quelques mois plus tard, en état maniaque « , confie Jean-Alain Genermont en avant propos de « Vivre avec des hauts et des bas ».
Un livre – à la fois témoignage d’un patient et explication du spécialiste – qui, pour la première fois, fait le point de façon claire sur la maladie « maniaco-depressive ». Ce trouble mal diagnostiqué concerne pourtant 6 % de la population, et beaucoup de gens en souffrent sans le savoir. Christian Gay explique comment reconnaître et traiter cette pathologie.
Et quelques semaines plus tard, c’est la dépression. L’impossibilité radicale d’agir succède à la liberté débridée de la phase maniaque. Mais la maladie peut aussi être beaucoup moins spectaculaire, surtout lors des premières crises.
Il est plus utile de poser, calmement :  » Je m’inquiète pour toi, j’ai l’impression que quelque chose ne va pas. Ce serait bien que tu consultes. Qu’en penses-tu ?  » La personne peut et doit conserver un rôle actif dans le suivi de son traitement.
in psychologie.com novembre 2002

Psychologies : Quels sont les symptômes de la maladie maniaco-dépressive ?

Christian Gay : Les premiers signes de l’entrée dans la phase « maniaque » sont une importante réduction du temps de sommeil, doublée d’une « Infatigabilité » à toute épreuve. Simultanément, le fonctionnement intellectuel est multiplié par trois ou quatre. Les idées fusent, les relations sociales et amoureuses sont facilitées. Mais très vite, l’excitation augmente et, avec elle, l’angoisse puis l’agressivité. Un délire, quoique souvent discret, s’installe : la personne se croit chargée d’une grande mission, protégée par la grâce divine. Elle fait tout ce qui lui passe par la tête, dépense sans compter, allant parfois jusqu’à ruiner toute la famille ou commettre des délits.

La personne oscille-t-elle en permanence de l’excitation à la dépression ?

Dans les cas les plus graves seulement. Généralement, on constate des « Intervales libres » – plusieurs mois, un an parfois – où la personne se comporte normalement.

Dans les moments de crise, est-elle dangereuse pour elle-même et pour les autres ?

Oui, car elle peut se suicider. De plus, les gestes violents vis-à-vis d’autrui ne sont pas à exclure. Il faut donc, presque toujours, recourir à l’hospitalisation, même si la personne n’est pas d’accord car elle n’est plus en mesure de se protéger seule. La difficulté est qu’avant un certain seuil d’agitation, l’entourage ne réalise pas forcément la gravité de la situation.

Tout le monde peut-il être atteint par cette maladie ?

Lorsqu’elle apparaît chez des adolescents, on repère presque toujours des antécédents familiaux. Mais pas quand elle se déclenche vers 40 ou 50 ans. Il n’existe pas de profil psychologique type indiquant une vulnérabilité à ce trouble, si ce n’est une étonnante facilité de parole, de contact, doublée d’une tendance à l’instabilité professionnelle et affective. En fait, très souvent, ces gens étaient, avant l’éclosion de la maladie, simplement considérés comme des esprits originaux, des tempéraments fantasques. Dans la majorité des cas, on ne soupçonnait absolument rien.

Quelles sont les situations qui peuvent la déclencher ?

Le premier facteur est le surmenage, physique et intellectuel. La maladie surgit quand « Je » ne peut plus faire face, qu’il ne peut plus répondre des événements – stress, rupture, licenciement, deuil…

Quel est le remède ?

Depuis une trentaine d’années, on utilise le lithium, un régulateur de l’humeur, et dans 30 à 40 % des cas, il est nécessaire d’en prescrire un second. Le traitement passe aussi par une psychothérapie, car il faut transformer l’individu en « expert » de sa maladie, grâce à une information efficace qui lui permettra de se prendre en charge et de reconnaître les signes avant-coureurs d’une rechute. C’est la psycho-éducation.

Une guérison définitive est-elle envisageable ?

Il s’agit plutôt d’une stabilisation. Mais si la personne sait s’aménager un cadre de vie pas trop stressant, avec des horaires réguliers, et si elle suit scrupuleusement son traitement, les choses pourront s’atténuer progressivement. Plus la maladie aura été diagnostiquée rapidement, plus les chances de rémission seront élevées.

Quels conseils donneriez-vous aux proches d’une personne souffrant de maladie maniaco-dépressive ?

D’abord, d’établir un contact régulier avec le médecin traitant. Ensuite, de respecter le rythme de vie de la personne : des repas à heure fixe, pas de nuits blanches ni de soirées trop arrosées. Dans la mesure du possible, il faudra éviter les conflits, notamment en n’attaquant pas la personne quand un retour de l’excitation la rend agressive, en ne l’accusant pas d’indifférence si elle est déprimée. On s’abstiendra aussi d’exiger qu’elle consulte dès qu’elle se montre euphorique : un individu atteint de maladie maniaco-dépressive peut manifester de la joie sans que son état soit pathologique.

VUE DE L’INTERIEUR :

Les hauts, ce sont les phases d’excitation ; les bas, les terribles moments de dépression. Dans ce livre écrit à quatre mains, Jean-Alain Genermont témoigne de sa propre maladie maniaco-dépressive et décrit avec précision le vécu intérieur, les sensations, les pensées, les répercussions sur sa vie de couple. Il la définit comme  » une formidable amplification de la sensibilité de la sphère émotionnelle  » qui  » allume  » les désirs, les motivations, et génère une hyperactivité généralisée du cerveau. Lequel finit par s’emballer et c’est le délire, puis l’effondrement, la dépression. Si Christian Gay apporte ses connaissances de spécialiste, il a l’immense mérite de respecter celles du principal intéressé. Une initiative qui fait de cet ouvrage un document unique.

« Vivre avec des hauts et des bas » de Christian Gay et Jean-Alain Genermont (Hachette, 2002)

http://livre.fnac.com/a1274809/Jean-Genermont-Vivre-avec-des-hauts-et-des-bas?Mn=-1&Ra=-1&To=0&Nu=2&Fr=0

(interview du journal psychologie.com)


J’avais 46 ans, la vie était belle. Je n’avais jamais rencontré de problèmes psychologiques. J’étais un battant, pugnace, créatif. Jusqu’en 1993, où tout a basculé : crises de panique, sentiment délirant de toute-puissance, disparition des frontières entre le possible et l’impossible, le permis et l’interdit. Un curieux état de folle excitation intellectuelle que les psys nomment « phase maniaque ». Puis, c’est le trou noir de la dépression, dont on sort pour retomber, quelques mois plus tard, en état maniaque « , confie Jean-Alain Genermont en avant propos de « Vivre avec des hauts et des bas ».
Un livre – à la fois témoignage d’un patient et explication du spécialiste – qui, pour la première fois, fait le point de façon claire sur la maladie « maniaco-depressive ». Ce trouble mal diagnostiqué concerne pourtant 6 % de la population, et beaucoup de gens en souffrent sans le savoir. Christian Gay explique comment reconnaître et traiter cette pathologie.
Et quelques semaines plus tard, c’est la dépression. L’impossibilité radicale d’agir succède à la liberté débridée de la phase maniaque. Mais la maladie peut aussi être beaucoup moins spectaculaire, surtout lors des premières crises.
Il est plus utile de poser, calmement :  » Je m’inquiète pour toi, j’ai l’impression que quelque chose ne va pas. Ce serait bien que tu consultes. Qu’en penses-tu ?  » La personne peut et doit conserver un rôle actif dans le suivi de son traitement.
in psychologie.com novembre 2002

Psychologies : Quels sont les symptômes de la maladie maniaco-dépressive ?

Christian Gay : Les premiers signes de l’entrée dans la phase « maniaque » sont une importante réduction du temps de sommeil, doublée d’une « Infatigabilité » à toute épreuve. Simultanément, le fonctionnement intellectuel est multiplié par trois ou quatre. Les idées fusent, les relations sociales et amoureuses sont facilitées. Mais très vite, l’excitation augmente et, avec elle, l’angoisse puis l’agressivité. Un délire, quoique souvent discret, s’installe : la personne se croit chargée d’une grande mission, protégée par la grâce divine. Elle fait tout ce qui lui passe par la tête, dépense sans compter, allant parfois jusqu’à ruiner toute la famille ou commettre des délits.

La personne oscille-t-elle en permanence de l’excitation à la dépression ?

Dans les cas les plus graves seulement. Généralement, on constate des « Intervales libres » – plusieurs mois, un an parfois – où la personne se comporte normalement.

Dans les moments de crise, est-elle dangereuse pour elle-même et pour les autres ?

Oui, car elle peut se suicider. De plus, les gestes violents vis-à-vis d’autrui ne sont pas à exclure. Il faut donc, presque toujours, recourir à l’hospitalisation, même si la personne n’est pas d’accord car elle n’est plus en mesure de se protéger seule. La difficulté est qu’avant un certain seuil d’agitation, l’entourage ne réalise pas forcément la gravité de la situation.

Tout le monde peut-il être atteint par cette maladie ?

Lorsqu’elle apparaît chez des adolescents, on repère presque toujours des antécédents familiaux. Mais pas quand elle se déclenche vers 40 ou 50 ans. Il n’existe pas de profil psychologique type indiquant une vulnérabilité à ce trouble, si ce n’est une étonnante facilité de parole, de contact, doublée d’une tendance à l’instabilité professionnelle et affective. En fait, très souvent, ces gens étaient, avant l’éclosion de la maladie, simplement considérés comme des esprits originaux, des tempéraments fantasques. Dans la majorité des cas, on ne soupçonnait absolument rien.

Quelles sont les situations qui peuvent la déclencher ?

Le premier facteur est le surmenage, physique et intellectuel. La maladie surgit quand « Je » ne peut plus faire face, qu’il ne peut plus répondre des événements – stress, rupture, licenciement, deuil…

Quel est le remède ?

Depuis une trentaine d’années, on utilise le lithium, un régulateur de l’humeur, et dans 30 à 40 % des cas, il est nécessaire d’en prescrire un second. Le traitement passe aussi par une psychothérapie, car il faut transformer l’individu en « expert » de sa maladie, grâce à une information efficace qui lui permettra de se prendre en charge et de reconnaître les signes avant-coureurs d’une rechute. C’est la psycho-éducation.

Une guérison définitive est-elle envisageable ?

Il s’agit plutôt d’une stabilisation. Mais si la personne sait s’aménager un cadre de vie pas trop stressant, avec des horaires réguliers, et si elle suit scrupuleusement son traitement, les choses pourront s’atténuer progressivement. Plus la maladie aura été diagnostiquée rapidement, plus les chances de rémission seront élevées.

Quels conseils donneriez-vous aux proches d’une personne souffrant de maladie maniaco-dépressive ?

D’abord, d’établir un contact régulier avec le médecin traitant. Ensuite, de respecter le rythme de vie de la personne : des repas à heure fixe, pas de nuits blanches ni de soirées trop arrosées. Dans la mesure du possible, il faudra éviter les conflits, notamment en n’attaquant pas la personne quand un retour de l’excitation la rend agressive, en ne l’accusant pas d’indifférence si elle est déprimée. On s’abstiendra aussi d’exiger qu’elle consulte dès qu’elle se montre euphorique : un individu atteint de maladie maniaco-dépressive peut manifester de la joie sans que son état soit pathologique.

VUE DE L’INTERIEUR :

Les hauts, ce sont les phases d’excitation ; les bas, les terribles moments de dépression. Dans ce livre écrit à quatre mains, Jean-Alain Genermont témoigne de sa propre maladie maniaco-dépressive et décrit avec précision le vécu intérieur, les sensations, les pensées, les répercussions sur sa vie de couple. Il la définit comme  » une formidable amplification de la sensibilité de la sphère émotionnelle  » qui  » allume  » les désirs, les motivations, et génère une hyperactivité généralisée du cerveau. Lequel finit par s’emballer et c’est le délire, puis l’effondrement, la dépression. Si Christian Gay apporte ses connaissances de spécialiste, il a l’immense mérite de respecter celles du principal intéressé. Une initiative qui fait de cet ouvrage un document unique.

« Vivre avec des hauts et des bas » de Christian Gay et Jean-Alain Genermont (Hachette, 2002)

http://livre.fnac.com/a1274809/Jean-Genermont-Vivre-avec-des-hauts-et-des-bas?Mn=-1&Ra=-1&To=0&Nu=2&Fr=0

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